Pédophilie féminine : corps, jouissance et Un-posture. (Extraits)

8 Mai

De la mère suffisamment bonne…

Que manque-t-il à cet enfant ? Existe-t-il des conditions pour que l’enfant ou une société infantilisée reste dans une idéalisation à la mère ? Comment une société se construit-elle autour du mythe maternel de la vierge Marie ? Il semble qu’il soit particulièrement hasardeux, voire suspect ou dangereux de mettre à la question voire, de tenter de dessiner métaphoriquement les contours d’une image de la femme autre, telle l’impossible représentation de l’image du Prophète dans l’Islam ?
Winnicott nous avait mis sur la voie en évoquant la mère suffisamment bonne. Cette acception tentait d’élaborer le lien précoce mère-enfant avec le reproche que l’on a pu lui faire de réduire la femme à la mère. Relisant Boucle d’or et les 3 ours, j’associe sur la soupe et les tentatives pour accéder au plaisir de consommer un breuvage, ni trop chaud, ni trop froid. Suffisamment traduirait donc les capacités psychiques d’une mère ni trop, ni pas assez. Winnicott évoquera également le concept de Préoccupation Maternelle Primaire pour éclairer de sa clinique, les quelques semaines précédant l’accouchement, et le suivant immédiatement. Ces notions sont inséparables de celle de contenance. La capacité de contenance d’un individu pour lui-même, de la mère pour son bébé ou d’une institution pour les personnes accueillies, procède alors d’une architecture complexe où différentes fonctions s’articulent :
• en premier lieu, celle d’accordage ;
• celle de lier, d’unifier et de tenir ensemble, du projeté, du débordant ;
• celle de protéger un moi immature des conséquences de brèches et d’effractions qu’il va immanquablement connaître dans son développement ;
• celle de calmer et réguler le flux d’excitations par un pare-excitation efficace ;
• et enfin, celle de transformer et de symboliser de l’archaïque en représentations, du non-sens en signification…
C’est avec W.R. Bion que la contenance apparaît véritablement comme une fonction occupant une place décisive dans la qualité du fonctionnement et de l’appareil psychiques : la fonction contenante, ou « fonction alpha » de la mère de la préhistoire infantile.
Lacan amènera sa contribution en introduisant la logique du pas-tout. La logique phallique ne peut suffire à dire toute la femme .

…à la femme pédophile.

Selon la criminologue Franca Cortoni, de Montréal, les femmes représenteraient 5% des délinquants sexuels. Ces 5% évoquent le nombre de femmes condamnées à des peines d’emprisonnement (délits) et de réclusion (crimes). Ce sont des peines pour agressions sexuelles et viols dans lesquels des femmes ont été complices, actives et certaines fois initiatrices. Mais cette approche judiciaire ne risque-t-elle pas de nous enniaiser ? Que tente-t-on de faire dire à ces statistiques ? N’induisent-elles pas une sociologie de la haine, de la destruction de l’autre, de la perversion centrée sur l’homme ?
Notre société projetterait l’image aveuglante d’une femme sanctifiée , d’une mère aimante, prête à tous les sacrifices. Combien de livres à succès, de congrès scientifiques mobilisateurs, de communications de soi-disant “experts” sur les médias et de productions pseudo artistiques participent aujourd’hui à la scotomisation idéologique de cette mère maltraitante car elle porte atteinte à la mère idéalisée. Avatars du sexuel : La mère a plus d’un sacrifice dans son sac : le renoncement à la libido sexuelle au profit de la seule maternité, le risque de sa vie avec l’accouchement, le décès du conjoint et le fardeau du deuil, la conflictualité conjugale… Selon caroline Eliacheff, on ne recense en France que 10 % de femmes pédophiles parce qu’on se focalise sur l’acte sexuel, dont la trace peut valoir preuve en justice. Or l’inceste se définit par une autre caractéristique tout aussi importante : la formation d’un couple par exclusion du tiers . Dans tous les cas, l’inceste par exclusion du tiers fabrique du binaire à partir du ternaire.

Le terrorisme de la souffrance et la démesure de l’empreinte de la mort.

Le terrorisme de la souffrance exhibée est une des plus sûres conditions de la reproduction obligée des modèles féminins, de génération en génération . Les souffrances et automutilations que les femmes peuvent s’infliger ne manquent pas dans la littérature. On pourra lire les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly, tout particulièrement : Une histoire sans nom. Nous emprunterons précisément le paradigme du syndrome de Münchhausen nommé également asthénie de Ferjol. Il est rangé soit dans les pathomimies, soit dans les troubles factices avec atteinte au corps, au gré des références de chacun. Pour mémoire, la perversion rangée dans le DSM-V dans les paraphilies compte 445 pathologies décrites contre 60 en 1952 pour le DSM-1 . Brièvement, contrairement aux statistiques de la pédophilie, cette symptomatologie est presque exclusivement féminine. Que viendrait-elle souligner en creux ? Ces femmes, sans se plaindre, montrent de nombreux maux du corps qui demandent moult examens approfondis, laissant leurs médecins dans l’incompréhension et les examens à répétition.
Quand elles sont démasquées, elles disparaissent. Le psychanalyste Abelhauser en a réalisé une description particulièrement intéressante et complète. Il écrit : « Vouloir se faire reconnaître d’un autre (lui-même reconnu comme détenant un savoir et une capacité d’intervention) comme étant malade, atteinte dans son corps propre, entrainera ainsi cet autre dans un jeu de dupes sans fin. » Ce symptôme peut se déplacer sur leur enfant, et l’on parle de syndrome de Münchhausen par procuration. Cultiver le secret, brouiller les pistes, et dissimuler certains pans de leur vie fait partie intégrante de ces patientes .

L’envers de la cure : le vif de l’enfant atone .

Marcianne Blévis écrit : « On ne peut qu’être attentif à l’enjeu de la perversion : à plusieurs étages se transmet un corps apathique exposé sans limite à la volonté de jouissance de l’Autre. » Nous ferons l’hypothèse de l’atonie voire l’a-pathie , construit avec le a ablatif, renvoyant selon moi à l’ab-sens, un des motifs de consultation, comme état réactionnel d’un enfant propre à soutenir, contenir les mouvements d’envahissement psychique, les projections – que j’appellerai imaginaires -, d’un parent ou d’un environnement. « La passivation vouant le sujet à la haine de toute altérité à l’image de sa propre altérité déniée », une des conséquences à l’école en sera la difficulté d’expression orale et écrite, et logiquement, un retard de langage. L’Education Nationale écrit, à l’adresse des inspecteurs et enseignants : « En France, la nomenclature des déficiences, incapacités et désavantages, inspirée étroitement de la classification internationale des handicapés proposée par l’O.M.S. retient la définition des déficiences du langage et de la parole comme une déficience du mode de communication lorsqu’elle n’est pas due à une déficience intellectuelle. Ainsi un trouble du langage est une déficience qui peut être responsable d’une incapacité, l’incapacité de communication, pouvant entraîner un désavantage (traduction de handicap en anglais) tel une situation de non-intégration sociale. »
Reprenant à mon compte la proposition de notre collègue Françoise Fabre, qui entendait la métonymie dans la novlangue, comme une évacuation signifiante de la clinique des mouvements dépressifs par la bi-polarité, ou un effacement de la névrose obsessionnelle par les TOC, alors l’atonie serait-elle un autre mot pour la dysphasie ? L’influence de la neuropédiatrie, qui croit pouvoir expliquer la dyslexie, la dysphasie l’hyperactivité exclusivement par des troubles génétiques ou neuronaux, se fait croissante dans une société où le sujet est de moins en moins sollicité.
Comment Volnay, la mère de mon jeune patient agé de 5 ans, ne pourrait-elle pas fasciner ? Et comment pourrait-elle ne pas incarner à la fois la femme et la mère – celle qui à ces deux titres au moins, pauvre petit homme, ne te laissera certes pas t’en tirer à si bon compte. Nous tirons le terme d’envers, de l’explication donnée par Lacan, de ce terme pour son séminaire : L’envers de la psychanalyse. Ce terme se rapporte à la couture. En couture, l’envers, s’il a un rapport avec l’endroit, ne laisse pas apparaître les mêmes points. Je ne développerai pas.
[…] la loi morale (…) n’est rien d’autre que le désir à l’état pur, celui-là même qui aboutit au sacrifice, à proprement parler, de tout ce qui est l’objet de l’amour dans sa tendresse humaine – je dis bien, non seulement au rejet de l’objet pathologique, mais bien à son sacrifice et à son meurtre. C’est pourquoi j’ai écrit “Kant avec Sade” (Lacan-Séminaire XI-1973:306).

Quelques développements possibles : Moi-idéal et Idéal du Moi.
Quelques brefs rappels peuvent nourrir notre réflexion :
– Le Moi-idéal et l’Idéal du Moi se « côtoient » tout au long de la vie.
– Le Moi-idéal est constitué des projections parentales et autres, imaginaires : exemple : « Il ressemble à sa mère. », « Il a le sourire de son grand-père. »…Je situe en ce lieu la mégalomanie. Je propose que l’on puisse observer chez l’enfant, par des projections particulièrement envahissantes, par une attention démesurée, par des fantasmes disproportionnés, une sorte d’hypertrophie du Moi-idéal, constitué lui-même des projections du Moi-idéal des proches. Cette boursouflure serait une des conditions de l’apathie ou de l’hyperactivité.
– L’Idéal du Moi appartient au domaine du symbolique et se constitue par introjection.
On ne peut passer, comme l’écrit Lacan, sur « l’essentielle dissymétrie entre projection et introjection. »
« Pour nous », écrit Lacan, « le sujet a à surgir de la donnée des signifiants qui le recouvrent dans un Autre qui est leur lieu transcendantal : par quoi il se constitue dans une existence où est possible le vecteur manifestement constituant du cham freudien de l’expérience : à savoir ce qui s’appelle le désir. »
Quel désir portait Volnay pour Meursault, mon jeune patient ? Cette cure aurait-elle permis de vectoriser et d’affirmer l’élan symbolique de Meursault vers son père ?
Autre question : Ces 3 moments de la cure n’ont-ils pas déplacé également le champ des signifiants chez la mère ? Quid de sa pulsion invocante à l’adresse de son enfant ? Si Meursault n’est pas autiste de structure, pour reprendre un chapitre du livre sous la direction de Marie-Christine Lasznik : « La pulsion invocante », la question de l’autisme mériterait d’être reprise à partir de cette interrogation sur le lieu auquel s’adresse la mère à son enfant dans une pulsion invocante qui est la sienne.

En guise de conclusion…

Nous irons plus loin, si nous présentons, en guise d’hypothèse, cette pathologie liée à l’imposture et la mythomanie, comme le paradigme de certaines prises en charge actuelle des enfants dys à l’école. C’est-à-dire, des enfants, porteurs du symptôme parental ou de la lignée de l’un de leur parent, pris en otages, presque exclusivement, par des mères ou des enseignantes à l’école, qui ne voient sous aucune objection que leur enfant soit signalé et reconnu – la reconnaissance me semble une part importante du symptôme parental – comme handicapé et ainsi, complète les files d’attente de la MDPH. Phénomène social. Enigme. Etonnant en tant que parent, d’accepter aussi facilement cet étiquetage pour son enfant ? Existerait-il pour les parents de ces enfants, une forme de bénéfice épouvantable, figure du sadomasochisme inavouable, attaché à la maladie de l’enfant ?
S’attacher un enfant par le terrorisme de la souffrance de l’adulte justifie l’invasion, l’envahissement, l’intégration, la pénétration de la vie psychique et du corps de l’enfant. Venant perturber les processus d’aliénation-séparation, les conséquences en sont gravissimes. Nous rangerons l’hyperactivité comme conséquences de ces maltraitances sur fond de pédophilie.

Breuillot Claude

Séminaire de psychanalyse avec les enfants.

paris 2014

Lacan, J. « Le transfert », Séminaire VIII, Seuil, 2001, page 34
http://www.lambda-education.ch/content/menus/histoire/antiquite.html
Ibid., page 25
Sault : en vieux français : chute d’eau, terrain ou l’on fait paître le bétail.
Sceau : Un sceau est une empreinte destinée à garantir l’authenticité d’un document.

Bydlowski, M. Golse, B. « De la transparence psychique à la préoccupation maternelle primaire. Une voie de l’objectalisation. », Le Carnet PSY 2001/3 (n° 63), page 30
Costantino, C. Cliniques 2011/1 (N° 1),page 10

Pickmann, C-N. sur le livre de Colette Soler : « Ce que Lacan disait des femmes : Étude de psychanalyse. » in Figures de la psychanalyse 2004/2 (no10), page 200
Définition Larousse : sanctifier : Littéraire. Attribuer à quelque chose un caractère sacré, noble, exceptionnel, le placer au-dessus de tout. Religion : célébrer.
Eliacheff, C. « Inceste maternel: l’amour en plus. », Article de libération : http://www.liberation.fr/tribune/2004/07/26/inceste-maternel-l-amour-en-plus_487485, 26/07/2004
Couchard, F. « Emprise et violence maternelles. Étude d’anthropologie psychanalytique. », Dunod, 2ème édition augmentée, 2003

Cliquer pour accéder à medicalisationduneperversion.pdf


Abelhauser, A. « Mal de femme. La perversion au féminin. », Seuil, 2013, page 71
Ibid,. page 87

Levinas, E. (1978) « Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. Paris: Le Livre de Poche-Biblio Essais, 1996, pages 83-85
Atonie : Définition Larousse : Défaut d’activité, d’énergie, de vitalité. Diminution de la tonicité normale d’un organe.
Atonie : langueur, Etat de découragement, d’indifférence, d’inertie. « Mais voilà le pire des symptômes et qui rend tous les autres plus redoutables : c’est l’atonie des peuples, c’est cette lassitude, cette indifférence d’une humanité qui ne tressaille même plus à l’annonce prochaine de la catastrophe. » Mauriac, Journal 4,1950, p. 195.
Blevis M. « L’impératif pervers. », in La perversion, haut risque de la psychanalyse, Correspondances freudiennes N°43, page 44
L’apathie désigne un état de fatigue et de mollesse accompagné d’une indifférence ou d’une absence d’émotions et de désirs.

Ibid, page 42
Rapport sur la dysphasie du ministère de l’Education Nationale,http://media.education.gouv.fr/file/95/7/5957.pdf
Montrelay M. « L’ombre et le nom. », Les éditions de minuit, 1977, page 135

Bergès, J. « Savoir, connaissance et verneinung.Le petit enfant à la grande école. », in « Le corps dans la neurologie et la psychanalyse »,Eres, 2005, page 318

Lacan, J. « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache. », Rédaction définitive 1960, Ecrits 2, Points, 1999, page 132

Melman C. « Le bébé, l’Autre et la pulsion invocante. », in « Ecoute, ô bébé, la voix de ta mère », Bentata, Ferron, Lasnik, Eres,2015, page 158
Ferenczi, S. « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. » in Oeuvres complètes 1927-1933, Science de l’homme Payot, 1982, page 133

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Pour citer cet article:

Breuillot, C. « Pédophilie féminine : corps, jouissance et Un-posture. (Extraits) », psychanalysebourgogne.wordpress.com, Paris 2014

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